Là… vous vous accrochez pour vous. Pas pour elle.”

Là… vous vous accrochez pour vous.  Pas pour elle.”

Ma sœur est infirmière.

En réanimation.

Elle m’a parlé d’une patiente.

Une jeune mère.

Accident de voiture.

Mort cérébrale.

Son mari devait prendre une décision.

Arrêter les machines.

Il n’y arrivait pas.

Il répétait :

“Je ne peux pas la laisser partir.”

Ma sœur est restée avec lui.

Pendant des heures.

Elle lui tenait la main pendant qu’il pleurait.

À un moment, il lui a demandé :

“À ma place… vous feriez quoi ?”

Ma sœur lui a répondu :

“Je la laisserais partir.

Elle est déjà partie.

Là… vous vous accrochez pour vous.

Pas pour elle.”

Alors il a signé.

Ils ont arrêté les machines.

Ma sœur est restée.

Tout le long.

Elle lui tenait la main.

Elle tenait aussi celle de sa femme.

Jusqu’à son dernier souffle.

Après, il l’a remerciée.

Il lui a dit :

“Vous n’étiez pas obligée de rester.”

Ma sœur a répondu :

“Si.

Personne ne devrait mourir seul.

Et personne ne devrait dire au revoir seul.”

Elle est allée à l’enterrement.

Sur son temps libre.

Elle s’est assise au fond.

Le mari l’a vue.

Il lui a demandé de venir avec la famille.

Il lui a dit :

“Vous étiez là quand elle est partie.

Vous faites partie de la famille maintenant.”

Ma sœur rentre parfois à la maison…

et elle pleure.

Pour ceux qui partent.

Pour ceux qu’elle ne peut pas sauver.

Mais elle reste.

À chaque fois.

Parce que mourir seul,

c’est pire que mourir.

Et faire son deuil seul,

c’est pire que le chagrin.

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