L’exception espagnole et la faillite morale européenne

L’exception espagnole et la faillite morale européenne

Abbas Fahdel : 

L’exception espagnole et la faillite morale européenne

Fâché par les prises de position du gouvernement espagnol, Benjamin Netanyahu a déclaré :

« L’Espagne a dénigré les soldats de l’armée la plus morale du monde. Nous expulserons donc l’Espagne du centre de coordination militaire de Kiryat Gat. »

Ce à quoi Sira Rego (ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance) a répondu :

« Nous ne vous dénigrons pas, nous vous décrivons. Vous êtes un régime génocidaire et criminel et vous comparaitrez tous devant la Cour pénale internationale. »

Derrière la voix de Sira Rego, c’est celle du gouvernement de Pedro Sánchez qui s’exprime. Une ligne politique qui se distingue par sa cohérence et sa capacité à rompre avec l’hypocrisie diplomatique habituelle. L’Espagne s’affirme aujourd’hui comme une exception dans le paysage européen : baisse de la TVA sur le carburant pour protéger les ménages, régularisation des sans-papiers, affirmation d’une souveraineté politique capable de tenir tête à Donald Trump lorsque les intérêts ou les principes l’exigent, et condamnation sans réserve des pratiques génocidaires du gouvernement israélien.

C’est une rare démonstration de courage politique. Nommer une réalité, refuser les euphémismes, accepter le coût diplomatique d’une parole claire — voilà ce qui distingue aujourd’hui Madrid.

Et c’est précisément là que le contraste avec d’autres gouvernements européens devient saisissant. En France, par exemple, le pouvoir exécutif, incarné par Emmanuel Macron, reste enfermé dans une prudence qui vire à l’effacement. À force de vouloir ménager tous les équilibres, on finit par ne plus rien dire de décisif. À force de ne pas nommer les choses clairement, on glisse vers une ambiguïté qui prend des allures de renoncement.

Ainsi se dessine une ligne de fracture nette : une Espagne qui assume de porter une parole politique claire, au nom d’une certaine idée de la justice internationale ; face à elle, des gouvernements qui, par lâcheté, trahissent les idéaux qu’ils prétendent incarner.

Dans ce contexte, l’évocation de la Cour pénale internationale n’est pas anodine. Elle introduit une exigence de responsabilité qui dépasse le jeu diplomatique classique. Elle rappelle que, derrière les mots, il y a des actes, et que ces actes peuvent — et doivent — être jugés.

Ce face-à-face agit comme un révélateur. Il met en lumière la dérive du discours politique européen : entre ceux, très peu nombreux, qui osent dire, et ceux qui choisissent de se taire.

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