Anonyme : J’ai 34 ans, plus de 100 000 € sur mon compte et pourtant, il m’arrive de prendre des rouleaux de papier toilette au travail pour éviter d’en acheter. J’ai même perdu l’homme que j’aimais parce que je refusais de payer 50 € de supplément pour une valise.
Pour mes proches, je suis simplement « celle qui sait gérer son argent ».
Celle qui économise.
Celle qui réfléchit avant d’acheter.
Celle qui ne vit jamais au-dessus de ses moyens.
À 30 ans, j’avais déjà réussi à acheter mon appartement sans crédit.
J’ai une voiture fiable.
Aucune dette.
Et aujourd’hui, j’ai dépassé les 100 000 € d’épargne.
Mes amis me disent souvent :
« J’aimerais tellement savoir économiser comme toi. »
Sauf qu’ils ne connaissent pas la vérité.
Je ne suis pas simplement économe.
J’ai peur de dépenser.
Une peur complètement disproportionnée.
Je tiens un tableau dans lequel je note pratiquement tout.
Même un café à 1,20 €.
Quand mes chaussures commencent à être vraiment usées, je peux passer plusieurs soirées à comparer les prix avant d’en acheter de nouvelles.
Et même lorsque j’ai trouvé une paire à 40 €, je peux hésiter plusieurs jours.
Parce qu’au moment de payer, une petite voix me dit toujours :
« Et si demain tu avais vraiment besoin de cet argent ? »
C’est toujours pareil.
Et si je perdais mon travail ?
Et si ma voiture tombait en panne ?
Et si une grosse dépense imprévue arrivait ?
Alors j’économise.
Encore.
Et encore.
Voir mon compte augmenter me rassure.
Le voir diminuer, même légèrement, m’angoisse.
Le problème, c’est que cette obsession m’a déjà coûté beaucoup plus cher que quelques euros.
Il y a deux ans, j’étais en couple avec un homme que j’aimais profondément.
On avait décidé de faire notre premier grand voyage ensemble.
Le Japon.
Il était tellement heureux.
Moi aussi… jusqu’au moment où il a fallu réserver.
J’ai transformé les préparatifs en véritable parcours du combattant.
Chaque hôtel était trop cher.
Pour économiser 10 ou 15 € par nuit, je proposais des hébergements beaucoup plus éloignés.
Sur place, je préférais parfois marcher longtemps plutôt que payer certains transports.
Il essayait de me faire comprendre qu’on avait économisé pendant des mois pour profiter de ce voyage.
Moi, je répondais toujours :
« Ce n’est pas parce qu’on est en vacances qu’on doit jeter l’argent par les fenêtres. »
Puis est arrivé le retour.
À l’aéroport, ma valise dépassait de 2 kg le poids autorisé.
On m’a annoncé environ 50 € de supplément.
Aujourd’hui, rien que d’y penser, j’ai honte.
J’aurais pu payer.
J’avais largement les moyens.
Mais sur le moment, ces 50 € m’ont semblé insupportables.
J’ai ouvert ma valise devant tout le monde.
J’ai commencé à sortir mes vêtements.
J’en ai mis plusieurs couches sur moi pour faire baisser le poids.
Je me suis énervée.
J’ai commencé à reprocher à mon compagnon certaines choses que nous avions achetées pendant le voyage.
Tout ça…
pour 50 €.
Je me souviens encore de son regard.
Il n’avait même pas l’air énervé.
Il avait l’air triste.
Puis il m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée :
« Tu as plus d’argent que presque toutes les personnes que je connais, mais tu vis comme si tu n’avais rien. »
Une semaine après notre retour, il m’a quittée.
Il m’a expliqué qu’il ne se voyait pas construire une vie où chaque restaurant, chaque voyage et chaque plaisir deviendrait une source d’angoisse ou de dispute.
À l’époque, j’ai pensé qu’il exagérait.
Aujourd’hui, je pense qu’il avait compris quelque chose avant moi.
Je vis seule dans mon appartement.
Une grande partie de mes meubles vient de l’occasion alors que je pourrais facilement acheter du neuf.
Je peux manger plusieurs jours les mêmes repas très simples uniquement pour économiser quelques euros.
Et oui, j’ai même déjà ramené des rouleaux de papier toilette du travail pour éviter d’en acheter.
C’est ridicule.
Je le sais parfaitement.
L’autre soir, j’ai ouvert mon application bancaire.
J’ai regardé mon épargne.
Plus de 100 000 €.
Pendant quelques secondes, j’ai ressenti cette satisfaction habituelle.
Puis j’ai posé mon téléphone et regardé autour de moi.
J’ai 34 ans.
Je pourrais voyager.
Inviter mes parents au restaurant.
Faire plaisir aux personnes que j’aime.
Acheter certaines choses sans passer trois jours à comparer les prix.
Construire des souvenirs.
Je ne veux évidemment pas dilapider tout ce que j’ai mis des années à économiser.
Mais à quoi sert d’avoir suffisamment d’argent pour vivre correctement si je suis incapable de m’autoriser à vivre avec ?
Pendant des années, je pensais que mon épargne m’offrait de la liberté.
Aujourd’hui, je commence à me demander si je n’en suis pas devenue prisonnière.
Est-ce qu’on peut réellement se sentir riche quand chaque dépense, même minuscule, devient une source d’angoisse ? Vaut-il mieux avoir énormément d’économies et peu de souvenirs, ou moins d’argent mais davantage profiter de la vie ?